Kriya Yoga
Kriya Yoga

Lahiri Mahasaya

Le yogi chef de famille qui rendit le Kriya Yoga au monde

Lahiri Mahasaya (1828–1895) est le maître par qui le Kriya Yoga, longtemps réservé à quelques ermites, revint parmi les hommes ordinaires. Modeste fonctionnaire, marié et père de famille à Bénarès, il reçut le Kriya de Babaji en 1861 et, au lieu de le garder pour lui, l'ouvrit à tous. Disciple direct de Babaji et maître de Sri Yukteswar, il est l'anneau vivant et vérifiable de la lignée enseignée sur ce site. La tradition le nomme « Yogavatar » — l'incarnation du yoga.

Qui était Lahiri Mahasaya ?

Un employé de l'administration et père de famille de Bénarès — et l'un des plus grands maîtres du yoga moderne. De son nom de naissance Shyama Charan Lahiri, il naît en 1828 à Ghurni, près de Krishnagar au Bengale, dans une famille de brahmanes. Comptable de l'administration, marié à Kashi Moni et père de deux fils, il mène toute sa vie l'existence discrète d'un homme modeste, sur les bords du Gange. Rien, en apparence, ne le distingue de ses voisins. Et pourtant ses disciples le vénèrent comme un être pleinement uni à Dieu et lui donnent le titre de « Yogavatar », l'incarnation du yoga. C'est cette vie doublement accomplie — dans le monde et en Dieu — qui fait de lui une figure unique.

Comment a-t-il reçu le Kriya Yoga ?

D'un maître rencontré dans l'Himalaya, à l'automne 1861. Selon le récit qu'il confia lui-même à ses disciples et que rapporte l'« Autobiographie d'un yogi », Lahiri, âgé de trente-trois ans, fut muté par surprise à Ranikhet, dans les montagnes. Une voix l'y appela par son nom ; il découvrit une grotte et un jeune ascète qui lui ressemblait : Babaji, son guru immortel, qui l'attendait, dit le récit, depuis des vies. Cette nuit-là, Babaji aurait matérialisé un palais d'or et y initia Lahiri au Kriya Yoga devant un feu sacré ; puis Lahiri demeura sept jours dans l'extase du nirvikalpa samadhi. Babaji lui confia alors une mission : ne pas rester dans l'Himalaya, mais retourner vivre parmi les hommes, comme yogi et chef de famille — exemple pour tous ceux qui cherchent Dieu sans quitter leurs obligations. (Le détail de cette rencontre est raconté sur la fiche consacrée à Babaji.)

Pourquoi l'appelle-t-on le maître qui « rendit le Kriya à tous » ?

Parce qu'il obtint que cette technique, jadis gardée secrète, soit donnée librement à tous ceux qui la demandent avec humilité. D'après l'autobiographie, Lahiri supplia Babaji d'assouplir les règles antiques qui réservaient le Kriya à de rares ascètes ; Babaji y consentit. Lahiri put dès lors initier des hommes et des femmes de toute condition — mariés, engagés dans un métier — et de toute religion : parmi ses disciples figuraient des hindous, mais aussi des musulmans, tel Abdul Gufoor Khan, et des chrétiens. Lui-même brahmane de haute caste, il s'employa à dissoudre les barrières de caste de son temps et accueillit les plus humbles. On raconte qu'un simple facteur de Bénarès, Brinda Bhagat, fut si transformé par le premier Kriya qu'il en oubliait de distribuer son courrier, et dépassa bientôt des disciples plus savants et plus fiers que lui. À chacun, Lahiri transmettait cette promesse de la Bhagavad-Gita : même un peu de cette pratique protège de grandes peurs et de grandes souffrances. C'est cette ouverture qui rend possible, aujourd'hui encore, la transmission du Kriya lors d'un séminaire.

Comment vivait ce « yogi chef de famille » ?

En tenant ensemble, sans jamais les opposer, le travail, la famille et Dieu. À la question que beaucoup se posent — « une fois le travail et les devoirs accomplis, où trouver le temps de méditer ? » —, Lahiri répondait par l'exemple : employé ponctuel, mari et père attentif, il n'en était pas moins, intérieurement, sans cesse uni au divin. Être dans le monde sans être du monde, telle était sa voie. D'un salaire modeste, sobre, accessible à tous, il s'intéressait aussi à l'éducation : il anima une « assemblée de la Gita » et soutint une grande école de Bénarès. Plein d'humilité, il s'inclinait devant ceux qui le saluaient et touchait volontiers les pieds des autres. Les témoins décrivent enfin un état physique déconcertant : durant ses longues méditations, sa respiration, son pouls et les battements de son cœur semblaient s'arrêter, et ses yeux restaient ouverts, sans ciller, des heures durant. Pour la lignée, sa vie démontre que les plus hauts sommets spirituels ne sont pas fermés à qui vit dans le monde.

Que raconte-t-on de ses prodiges ?

L'« Autobiographie d'un yogi » rapporte de nombreux récits — présentés comme des témoignages reçus de ses disciples, non comme des faits ordinaires. On raconte qu'il apaisa l'angoisse de son supérieur anglais en lui annonçant, avant toute lettre, la guérison de son épouse malade à Londres — laquelle affirma plus tard avoir vu, à son chevet, la forme lumineuse de Lahiri. Un jour, en pleine explication de la Gita, il se serait écrié qu'il « se noyait au large du Japon » : le lendemain, un journal rapportait le naufrage d'un navire près des côtes japonaises. Sa femme, Kashi Moni, témoigna l'avoir vu une nuit en lévitation, entouré d'anges — c'est ainsi qu'elle reconnut en son mari un maître, et lui demanda de devenir son disciple. Un employeur venu défier le « charlatan » se vit montrer, en vision, la femme pour laquelle il trahissait la sienne, et repartit bouleversé. On raconte encore qu'il arrêta un train en gare de Howrah pour une fervente qui craignait de le manquer, et qu'il veilla de loin sur la naissance d'un enfant longtemps espéré ; que sa photographie, invoquée durant un orage, détourna la foudre qui frappa le livre posé sous elle. Dans tous ces récits, le message est constant : « Je suis toujours auprès de ceux qui pratiquent le Kriya », aimait-il dire ; la vérité se mérite par la foi sincère, non par la curiosité.

Que disaient de lui les autres sages ?

Les plus grands renonçants de son temps le reconnaissaient, bien qu'il fût un homme marié. L'« Autobiographie d'un yogi » rapporte que Trailanga Swami, célèbre ascète de Bénarès réputé pour ses prodiges, honora publiquement Lahiri Mahasaya. Comme un disciple s'étonnait qu'un moine renonçant témoignât tant de respect à un simple chef de famille, Trailanga répondit que Lahiri avait atteint, tout en menant une vie d'homme du monde, la parfaite réalisation de Dieu pour laquelle lui-même avait tout abandonné, jusqu'à son dernier vêtement. Un tel hommage, venu d'un ascète intégral, résume ce que la lignée retient de Lahiri : la sainteté ne dépend pas de la fuite du monde, mais du renoncement intérieur.

Comment a-t-il quitté ce monde ?

En annonçant à la fois sa mort et sa « résurrection ». À l'été 1895, rapporte l'autobiographie, un mal apparut sur le dos du maître ; il refusa d'abord qu'on le soignât, disant qu'il épuisait ainsi le karma de certains de ses disciples. Le 26 septembre 1895, après avoir commenté la Gita une dernière fois, il dit simplement à ses proches en larmes qu'il « rentrait à la maison » et se relèverait. Puis, tournant trois fois son corps et faisant face au nord dans la posture du lotus, il entra dans le maha-samadhi. Son corps fut incinéré sur les bords du Gange. Or, selon trois de ses disciples, le lendemain matin à dix heures, dans trois villes différentes, Lahiri Mahasaya leur apparut — en un corps réel mais rajeuni et rayonnant —, les invitant à toucher sa chair et leur disant qu'il ne les quittait pas. C'est ce triple récit qui fonde, dans la tradition, sa présence toujours vivante auprès de ceux qui pratiquent le Kriya.

Quel est son lien avec la lignée enseignée ici ?

Il en est la source dans le monde des hommes. C'est par Lahiri Mahasaya que le Kriya Yoga, transmis par Babaji en 1861, redevint accessible ; de lui, il passa à Sri Yukteswar, puis à Paramahansa Hariharananda, à Paramapadma Dhirananda, et enfin à Kripanandamoyima, qui l'enseigne aujourd'hui en Suisse. C'est aussi Lahiri qui forma le maître de Paramahansa Yogananda — dont l'« Autobiographie d'un yogi » fit connaître ces récits au monde entier, nourrissant l'œuvre de la Self-Realization Fellowship comme les autres branches issues du même arbre. Ses disciples ont recueilli ses commentaires de vingt-six écritures anciennes, car lui-même n'écrivit aucun livre. Quelle que soit la branche, toutes remontent au même chef de famille de Bénarès.

Vivre le Kriya Yoga aujourd'hui

Le Kriya Yoga ne s'apprend pas dans les livres : depuis Babaji et Lahiri Mahasaya, il se transmet de personne à personne, par l'initiation. Pour découvrir cette voie et la pratiquer, le mieux est de participer à un séminaire d'introduction.

Pour en savoir plus : article Wikipédia — Lahiri Mahasaya.